Le vrai coût d’un emprunt professionnel

Le rôle marginal du taux d’intérêt

Pour un emprunt à objet professionnel, il est habituel de considérer le taux d’intérêt comme la variable essentielle du coût d’emprunt. Outre que les taux d’intérêt se révèlent, malgré les apparences particulièrement difficiles à comparer, le vrai coût est celui du capital.

Comparons d’abord, rapidement, des taux d’intérêt :

Un taux de 7 % l’an peut se révéler bien moins cher qu’un taux de 5 %, au regard de considérations adjacentes.
Les garanties réclamées ne sont peut-être pas les mêmes, les pénalités pour remboursement anticipé non plus, la prolongations possibles dans certains cas, etc… La seule comparaison de taux d’intérêt nécessite en fait une comparaison actuarielle approfondie. La question de la simplicité apparente d’un taux d’intérêt étant pour le moment écartée, observons le coût d’un capital emprunté. Sans prendre en considération l’amortissement comptable et fiscal éventuel du bien acquis, nous relevons, que, de droit commun, un capital n’est pas une charge déductible des résultats professionnels. De ce fait, ceux-ci devront être suffisants après impôts et charges sociales pour payer le capital emprunté. Ainsi, s’il suffit de gagner 1 euro de marge nette pour payer 1 euro d’intérêt, il faut gagner beaucoup plus, et ceci est le coût réel, pour payer un euro de capital.

En reprenant les différentes questions fiscale et sociale, nous observons que 1 euro de résultat net dans une entreprise soumise à l’IS se traduit par un revenu net disponible de 43 centimes pour l’actionnaire ; 1 euro de coût salarial social se traduit par 34 centimes d’euro net disponible pour un salarié, enfin, 1 euro de résultat brut pour une profession libérale ou un commerçant individuel se traduit par un revenu net disponible de 32 centimes d’euro, avec pour l’ensemble des cas une taxation marginale de 40 % à l’IRPP.

Ainsi, nous allons comparer ci-après le coût d’un emprunt de 100 000 euros, remboursable in fine sur 10 ans, au taux de 6 %, avec le même emprunt au taux de 5 %, contracté par un travailleur non salarié.

Cas 1


Montant de l’emprunt :
100 000 euros / 0,3234 (taux de revenu net disponible sur résultat) = 309 214 euros ; auquel nous ajoutons 50 000 euros d’intérêt (100 000 x 5 % x 10) pour former un total de 358 214 euros de coût réel sur 10 ans.

montant total de l'emprunt 0 euros
pour un taux de 5%

Cas 2


Tous les éléments sont les mêmes que dans le cas 1, mais l’intérêt, porté à 6 %, coûte 60 000 euros ; le coût global d’emprunt est donc de 369 214 euros.

montant total de l'emprunt 0 euros
pour un taux de 6%

Conclusions


L’augmentation de 20 % du taux d’intérêt (6/5) n’entraîne qu’une augmentation de 2,8 % du coût global d’emprunt (369/359). Si l’emprunt était à amortissement progressif (au lieu de in fine), l’écart serait encore plus grand car la part relative des intérêts baisserait pour un capital constant. Le rendement attendu de l’investissement doit être très élevé pour couvrir un tel coût.
La variation de coût liée au taux d’intérêt est marginale pour l’emprunteur et très importante pour le prêteur ; celui-ci a donc intérêt à proposer des taux plus élevés, incluant des facilités et son risque, sans que cela obère vraiment le coût d’investissement. Cette dissymétrie de situation peut avoir des traductions très favorables à condition que l’investissement soit judicieux.

 

Michel Bisch

Diplômé d’HEC, Docteur en économie, Docteur en science sociale, Actuaire-Auteur.

 

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