« POUR QUE CE NAUFRAGE SE TRANSFORME EN RENOUVEAU »
Ne nous y trompons pas : la crise de ce début du 3ème millénaire est une occasion inespérée d’apporter un peu d’ordre dans notre univers de la Finance. Mais le temps de la réforme est toujours extrêmement bref, coincé entre l’urgence de la reprise des affaires et le penchant de l’homme à se servir en premier au détriment d’autrui.
Nous entendons déjà des paroles d’espoir : « ça va repartir… » Non ! Nous ne voulons pas que les choses reprennent dans une voie qui a démontré que les fondements du capitalisme actuel ont profondément et durablement abîmé l’homme (1) en laissant à la finance une place qui n’est pas la sienne (2). Nous ne voulons plus de ce monde aveugle et objet de scandales. Il est urgent de remettre en cause certaines dérives et prendre quelques décisions historiques pour que ce naufrage se transforme en renouveau (3).
La finance doit rester à sa place. Un monde où la Finance n’est plus à sa place est aussi celui d’une déliquescence du tissu social. Citons trois expressions de ce « mal-être »:
L'élite de la Finance nous « explique le monde » depuis des années, probablement parce que d’autres classes sociales sensées tenir ce rôle ne le font plus ... Plus préoccupant : les meilleurs étudiants en finance délaissent les petites entreprises en fuyant certains métiers à risque et moins rémunérateurs. Entreprendre ou vendre ne sont pas les premières voies choisies par nos brillants étudiants d'écoles de commerce! On sait qu'à 20 ans on leur répète quotidiennement qu’ils font partie de l’élite et que l’on chiffre leur « valeur » dans les métiers financiers avant même la fin de leurs études…
Sans trop oser le dire, nous constatons souvent que les financiers ont plein pouvoir dans l'entreprise pour imposer une méthode de développement bien anglo-saxonne: la « fusion - acquisition ». Conséquences immédiates: d'immenses structures où le service clients et le rapport du salarié à son entreprise sont déplorables…
Enfin, nous déplorons aussi la dérive de nombreux actionnaires qui choisissent leurs futurs dirigeants en fonction de leur capacité à doper un compte de résultat le plus vite possible sans égard pour le moyen terme…
Les jeunes ont aujourd’hui des aspirations plus altruistes et s’éloignent de ce modèle dépassé.
Le risque de l’instauration du désordre. Force est de constater que l’univers de la Finance est totalement déréglé au point de ne plus servir l’intérêt général. Constatation à 3 niveaux :
Les institutions financières internationales élaborent des solutions financières en ne jouant plus le rôle de garants de la santé financière de chacun d’entre nous, particuliers et entreprises. Les « Subprime » ou l’affaire « Madoff » confirment que nous sommes entrés dans une crise durable de confiance.
Dans la chaîne infernale de ce disfonctionnement, un problème de fond : un conflit d’intérêt, devenu également structurel et bien entendu en défaveur du client final.
Les distributeurs arbitrent entre leurs commissions et leurs clients. En effet, dans un contexte de chute des marchés, on voit mal un CGP conseiller à sa clientèle de vendre ses avoirs alors que ces derniers lui assurent son chiffre d’affaire. Là encore, le confort de la sécurité l’emporte sur l’intérêt du client.
Enfin, s’instaure peu à peu une pensée défaitiste qui ressemble à un renoncement à changer le système en profondeur.
Ainsi, des groupes financiers dominent le monde à tel point qu’il n’existe plus d’environnement régulateur… Le risque est l’abdication de la raison et l’instauration du désordre. Des hommes influents s’en inquiètent déjà…
Un financier n’a pas vocation à acquérir le pouvoir. C'est un métier de service dont beaucoup se sont éloignés. Si notre pays ne peut accepter un tel désordre, refusons ce monde et proposons autre chose, en revenant à l'idée que nos entreprises financières sont avant tout au service de l’homme.
Le courage de changer de modèle. Il ne nous reste que quelques semaines pour lancer cet appel à tous les organismes interprofessionnels et responsables politiques pour leurs demander une véritable réforme de notre système financier. Sortons de la tempête en prenant quelques décisions fondatrices dans l’unique perspective de servir et protéger d’avantage les consommateurs :
Il faut impérativement remettre en cause la non-séparation des métiers de l’argent. A chacun sa place pour revaloriser son rôle.
Quel est le sens profond de la Banque Assurance ? Que penser d’un conseiller financier qui est en même temps votre banquier dépositaire, votre prêteur, votre gérant et votre assureur ?
Le deuxième axe de réforme est la suite logique du premier : la mise à plat de l’ensemble des rémunérations des intervenants dans le processus financier.
Le Législateur doit reprendre la main afin que cesse l’opacité, arme absolue toujours utilisée au détriment du client final…
Comment justifier par exemple qu’un conseiller touche une commission d’encours ? Une commission d’acquisition et une commission sur la performance ne serait-elle pas plus saine ?
Voulons nous un monde qui nous domine ou l’inverse ? Or, nous ne pouvons reprendre la main sans nous opposer et sans accepter de déplaire.
Nous avons des hommes et des femmes aux compétences exceptionnelles dans nos banques, nos sociétés de gestion, nos réseaux de CGP/CIF... Agissons ensemble pour une démocratisation de l’offre et des services financiers, plus accessibles et plus transparents.
Et puis, le courage et la bienveillance ne sont-ils pas des attitudes constitutives d’un réel mouvement réformateur ?
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